En ce temps de pandémie galopante, l’angoisse monte. Elle est légitime. Comment la maîtriser ? En inventant un rite de bien-être spirituel. Voici quelques témoignages pour se donner des idées.

 

L’angoisse bien légitime, c’est Alix Noble qui en parle dans une petite capsule vidéo de 3 minutes sur le site de Toussaint’S Festival (*). Due à ce que nous traversons actuellement, cette angoisse est non seulement normale, mais tout le monde la ressent. Elle est alimentée par le sentiment d’impuissance : nous ne savons pas ce qui va arriver, nous ne savons pas comment les choses vont évoluer. Le stress monte, il nous envahit. Il va falloir le gérer. Il va donc être important, nous dit-elle, de pouvoir faire « mise à terre » de cette angoisse.

Elle propose de travailler sur la question du rite et du rituel. Il s’agit de mettre en place quelque chose qui permet de penser, de ressentir et de faire. Elle rappelle que le rituel, à la différence du rite, est personnel, en fonction de nos besoins individuels, différents pour chacun. Le rituel que nous mettons en place pour lutter contre le stress est adapté à notre propre situation, à un moment précis, de manière impulsive. Le rite se construit de manière agendée, cadrée et répétitive.

Pendant ce temps de confinement et de stress, pourquoi ne pas redécouvrir le rite de la prière ?

Nous proclamons que la prière nous réunit au-delà des murs et des frontières. Nombreux sommes-nous à avoir choisi ce geste spirituel pour rester, individuellement, en liens avec les autres et avec Dieu. Et cela ne date pas du confinement. Dans la Bible déjà, Jésus donne ce conseil :« Lorsque tu veux prier, entre dans ta chambre, à l’écart, ferme la porte pour prier ton Père qui est là, dans cet endroit secret. »

 

Ma collègue Margaret Agassis a accepté de répondre à ma question de la nécessité d’un moment de recueillement personnalisé. Pour elle, cela se concrétise avec du fil et des aiguilles : elle tricote tout en laissant aller ses pensées vers Dieu. Voici son témoignage.

« Lors d’une rencontre cantonale ministérielle de l’EERV à Vaumarcus, nous avons vécu un moment de méditation. J’ai été touchée par le récit d’une histoire vraie qui s’est déroulée dans un EMS. Au travers de cette histoire, j’ai été surtout encouragée à continuer à prendre du temps pour prier. Et en ce temps de crise, cette histoire habite particulièrement mon coeur et me met à l’ouvrage… »

 

 

Voici l’histoire de cette résidente en EMS qui, depuis 14 ans, récitait presque continuellement la prière de Jésus et jamais n’avait senti la présence de Dieu. Le prêtre à qui elle s’était plainte lui avait répondu : « Si vous parlez tout le temps, vous ne laissez pas à Dieu la possibilité de placer un seul mot… Lorsque vous irez dans votre chambre pour prier, allumez une bougie, asseyez-vous tranquillement dans votre fauteuil et prenez votre tricot. Pendant un quart d’heure tricotez en présence de Dieu et ne prononcez pas un seul mot de prière. Contentez-vous de tricoter et d’essayer de jouir de la paix de votre chambre. »

Ce conseil ne lui parut pas spécialement spirituel ! Mais pourtant elle s’y conforma. Après un certain temps, elle retourna voir le prêtre pour lui dire que cela marchait, qu’elle avait fait ce qu’il lui avait recommandé. D’abord, elle avait observé sa chambre, redécouvrant combien elle était lumineuse, puis elle s’était installée dans son fauteuil, avait allumé sa bougie et elle s’était mise à tricoter pendant un quart d’heure. Une conscience de plus en plus vive du silence la pénétrait, rien ne la préoccupait. Soudain, elle s’était aperçue que ce silence n’était pas une absence de bruit mais qu’il avait de la substance. Il n’était pas l’absence mais la présence de quelque chose. C’était un silence dense, plein, qui l’envahissait. Le silence autour d’elle, peu à peu, venait à la rencontre de son silence intérieur. Tout à coup, elle avait pris conscience que ce silence était une présence. Au coeur de ce silence, il y avait Celui qui est la quiétude, la paix, l’harmonie…

Nous sommes nombreux à donner un cadre à notre prière. Si on prend le temps de le personnaliser avec quelques objets symboliques choisis, cela devient un lieu où l’on se sent bien, en confiance et en paix. Il donne alors envie d’ y revenir de manière régulière, à l’exemple de Pierre Alain Mischler, qui s’y rend tous les matins.

« Un tapis, une bougie, une icône. Temps central du matin pour remettre la journée, me recentrer au travers du silence et de la Parole de Dieu. Instants précieux pour demeurer en lien, par la communion de prière, tout déposer entre les mains de Dieu. »

« Le petit coin peut changer de place en fonction du nombre de personnes présentes dans la maison et des activités de chacun, je préfère un petit coin installé dans notre chambre, là je sais que je suis tranquille et pas dérangée. » Valérie Kuenzle

Dans la paroisse de Penthalaz, depuis le confinement, il n’y plus de recueillement autorisé à l’église. J’ai proposé au groupe une méditation par What’s App.
Dominique Dällenbach s’en accoutume ainsi : « Une petite table au salon. Sur laquelle j’installe ma bougie maison-confinement, le natel posé devant. Le silence et le recueillement, la communion avec le groupe. Je prie à haute voix… et la paix s’installe… »

 

Parfois, en effet, le besoin de fait sentir de se rendre dans une église. La beauté du lieu, l’atmosphère particulière, le mobilier, les vitraux… le cadre est propice au recueillement.
Nos églises restent ouvertes en ce temps de pandémie et nous pouvons le rappeler. À l’exemple de la paroisse de Vufflens qui a instauré une prière communautaire tout en respectant les normes imposées par le confinement.

Voici le témoignage de Nathalie Monod-Senn, pasteure-stagiaire: « Dans la paroisse, nous avions commencé à prier Laurent, mon maître de stage et moi, les mardis et jeudis. Depuis cette semaine, des conseillères de paroisse et des paroissien·e·s nous ont rejoint et nous pouvons assurer une prière tous les jours, chacun dans une église de la paroisse. Les grandes bougies sont pour les autorités, les soignants, les travailleurs de la chaîne alimentaire, les personnes de par le monde dont la pandémie a accentué la précarité déjà grande, les travailleurs qui font que la société peut « continuer de tourner » et tous nos paroissiens. Les petites bougies sont pour des personnes qui sont confiées à notre prière pour la semaine et dont nous recueillons le prénom au cours de nos visites téléphoniques ou par messages sur nos mails ou le SMS/Whats App de Laurent. Ainsi, chaque personne qui prie peut consulter la liste que nous tenons à jour avant la prière. »

L’importance du rite de la prière à heure et date fixes, qui permet de se recentrer sur soi-même, de déposer l’angoisse, de rester reliés aux autres, de se ressourcer. Le rite comme un ancrage dans la tempête. Un enracinement.

« Béni soit l’être qui se confie dans l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance! Il est comme un arbre planté près des eaux qui étend ses racines vers le courant; Il n’aperçoit point la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert; Dans l’année de la sécheresse, il n’a point de crainte et il ne cesse de porter du fruit. » Jérémie 17, 7-9

Prier, c’est s’octroyer un répit qui fait du bien, dans l’esprit du spa… un vrai wellness spi-rituel.

(*) CAPSULE DEUIL’S n° 2: Angoisse et impuissance.