Noël… lumière venue du fond des âges…

Il était une fois… c’est ainsi que commencent toutes les histoires…
Il était une fois dans le village de Moissac… un village des Hautes-Cévennes une jeune fille nommée Marion…
Marion se souvenait des récits de sa grand-mère et de ses ancêtres qui, autrefois, dans cette région reculée, avaient su résister aux soldats du roi, pour préserver leur foi chrétienne, cette foi en un Dieu qui a choisi de nous sauver parce qu’il nous aime sans conditions…
Marion avait été élevée dans l’admiration de ses ancêtres protestants, ces anciens héros de la foi qui puisaient leur force dans la lecture quotidienne de la bible et dans la prière.

Marion, comme chaque année, avait quitté avec ses parents et ses trois frères et sœurs, la banlieue parisienne pour venir passer ses vacances de Noël dans le vieux mas, la vieille maison familiale perchée sur le flan de la montagne au milieu des châtaigniers et des mûriers. Ces mûriers dont les feuilles étaient autrefois, soigneusement ramassées pour nourrir et élever les vers à soie…

La veille, toute la famille s’était encore dispersée dans les grand magasins de la capitale pour chercher les cadeaux les plus étonnants, les plus originaux, avant de parcourir des centaines de kilomètres sur des routes encombrées par les vacanciers de ces fêtes de fin d’année…

Ce soir du 24 décembre, Marion, s’était réfugiée dans sa chambre située un peu à l’écart derrière l’ancienne bergerie… elle rêvassait, se remémorant les anciens récits que sa grand-mère lui racontait tout en écoutant les bruits de la maisonnée. Ses parents, ses frères, ses sœurs s’activaient pour décorer la maison, le sapin qui trônait dans la grande pièce du bas, où brûlait un grand feu dans l’antique cheminée qui servait autrefois à préparer les repas…

Dans la cuisine, les odeurs de la dinde aux marrons, des terrines et des biscuits laissaient exhaler leur parfums de viandes rôties, de vanille et de cannelle…

Marion pensait à sa grand-mère. Une ombre de tristesse glissa en elle et dans son cœur…On l’avait enterrée l’an passé, un jour pluvieux d’automne, dans le petit cimetière à côté du vieux temple. Marion aimait sa grand-mère. Elle pouvait passer des heures à l’écouter conter ses vieux souvenirs en observant ses doigts encore agiles, manier le crochet ou les grandes aiguilles à tricoter. Sa grand-mère lui avait raconté qu’autrefois ses ancêtres parcouraient plusieurs dizaines de kilomètres pour se rendre au culte… Oh, pas dans un temple ou une église bien chauffée, non ! Dans une caverne humide au milieu des bois.

Pour fuir la violence des soldats du roi, pour ne pas se risquer à être arrêté une bible en main, il fallait parfois parcourir des chemins escarpés, traverser des pierriers, les broussailles, les buissons de genets dont les épines blessaient, pour arriver en secret dans ce lieu à l’écart, afin d’y célébrer ce Dieu tant cherché, ce Seigneur source de toute vie…

Comme les choses devaient être différentes en ce temps là, se disait Marion tout en contemplant le décors autour d’elle.
Chaque pierre, chaque recoin de la pièce dans laquelle elle se trouvait, semblait vivre, respirer du souffle de ses ancêtres… Ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui n’avaient que leur foi pour espérer la vie du lendemain… Mais qu’était donc devenu tout cela pour les siens, pour ses parents, ses frères, ses sœurs… entraînés dans la quête quotidienne de la réussite…

Est-ce que Noël, pourrait être autre chose que cette course aux cadeaux, aux histoires de Père-Noël emballées de sucreries et de guimauves dégoulinantes, écœurantes qui n’ont plus aucun rapport avec la vie ?

Profitant de la frénésie générale de la famille… Marion enfila son manteau et sorti par la porte à l’arrière de la maison…
Quelque chose la poussait ce soir là, à partir à la recherche de quelque chose de plus authentique… quelque chose d’essentiel… oui… retrouver un sens à tout ce qui se déroulait sous ses yeux… retrouver un sens à Noël… ou peut-être tout simplement, retrouver un sens à sa vie…

Elle quitta le vieux mas situé à l’écart du village pour entrer dans l’obscurité de la nuit… seules quelques étoiles éclairaient le ciel. La terre laissait échapper autour d’elle ses parfums d’humidité et ses odeurs de champignons… Au fond de la vallée, la rivière semblait laisser échapper des petits nuages de brume. Aussitôt elle pensa à ces savant étrangers qui, eux aussi avaient parcourus tant de kilomètres en suivant une étoile, en bravant les dangers en allant rencontrer Hérode, ce fou sanguinaire, ce despote violent qui n’hésitait pas à assassiner ceux qui avaient le malheur de se trouver sur sa route… Elle pensait à ses étrangers qui avait tout quitté pour aller adorer un Roi étranger… un petit enfant… Ces savants qui avaient su être assez observateurs, pour apercevoir un tout petit être qui allait bouleverser leur vie. Fallait-il que leur foi soit assez grande pour qu’ils se mettent ainsi en chemin vers l’inconnu ? Aujourd’hui ceux qui se prétendent savant, savent-ils encore être assez humbles pour entrer en relation avec l’inattendu, l’extraordinaire avant de tout devoir expliquer ?

Perdue dans ses réflexions, elle arriva près de la bergerie du vieux Père Pagès. Elle entendis le bêlement des brebis dans la nuit. Plusieurs fois elle avait vu le vieux berger marcher devant son troupeau. Plusieurs fois elle avait entendu la voix de cet homme qui appelait ses bêtes… Elles reconnaissaient sa voix… Et lui, connaissait toutes ses brebis… il leur avait donné à chacune son nom… Elles étaient pour lui, toutes aussi importantes les unes que les autres…

Marion réalisa tout à coup le décalage entre sa vie parisienne et celle du vieux berger et de ses brebis… Elle réalisa combien il pouvait lui être facile de se perdre dans la grande ville, de passer à côté des autres, de leurs peines, de leurs misères, sans que cela puisse changer quoique ce soit… En dehors de ses parents, de ses amies du lycée… qui comptait vraiment pour elle ? Et elle ? Comptait-elle vraiment pour quelqu’un ?

Oui, il était vraiment facile de se perdre… se perdre dans la foule anonyme… se perdre pour ne plus exister… se perdre à chercher la réussite à tout prix… se perdre loin d’un Dieu qui nous aime et qui veut notre salut, ce Dieu qui veut nous voir mener une vie épanouie et heureuse…

Le Père Pagès lui, semblait heureux avec ses brebis…. Et les Mages de l’évangile semblaient tout heureux de leur rencontre avec Marie, Joseph et l’enfant de la crèche…

Et tous ces gens qui avaient peuplé autrefois ces montagnes et qui avaient tout risqué, leur vie et celles de leur proches parce que Dieu était pour eux, plus essentiel que le pain qu’ils mangeaient…

A tout moment… ils risquaient de tout perdre, oui… mais ils ne risquaient point de se perdre, eux… car Dieu, n’était-ils pas avec eux ?
Marion arriva au village… elle distinguait dans l’obscurité, le vieux temple de la Boissonnade… l’intérieur était faiblement éclairé… les lignes sobres de cette ancienne église romane laissaient transparaître une vision majestueuse d’éternité… comme si la vie ne s’était pas arrêtée… Marion entra et avança jusqu’à la table sainte à côté d’une vieille chaire en bois… Sur la table, bien visible, la bible était ouverte au livre du prophète Esaïe…

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière… » Les ténèbres… Qu’est-ce qu’il y en a encore des ténèbres ! Des peuples qui se battent ! Des bruits de guerre ! De la pollution ! De la violence, de l’injustice ! Les ténèbres…
Les ténèbres… Marion les connaît aussi… combien de fois a-t-elle connu ces instants de déprime, de désespoir… Elle aussi a marché tant de fois dans les ténèbres…

Marion continue à lire : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu lui a confié l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix » .

Conseiller, Dieu fort, Père pour jamais, Prince de la paix…

Voilà peut-être ce qui me manque le plus, soupire la jeune fille. Est-ce que Jésus, ce fils qui vient naître dans ce monde, pourrait devenir un conseiller, un ami ? Pourrait-il devenir pour les hommes autre chose qu’une religion ou un produit de consommation ?
Pourrait-il devenir pour moi un ami, un confident ? pourrait-il devenir pour moi la source de paix ?

Elle se souvint d’une parole que lui avait dite sa grand-mère : Tu vois petite, Dieu c’est comme un fiancé… Si tu veux le rencontrer, il faut d’abord choisir de le fréquenter, sinon, cela ne changera rien à ta vie !

Mais oui, c’est bien cela, l’inattendu, l’extraordinaire, le miracle de Noël. C’est de faire de ce sauveur un ami, le laisser entrer dans sa vie, dans son cœur… pas seulement à Noël, mais tous les jours…

C’est de ne plus le laisser dans une crèche, sous un sapin ou l’enfermer entre les quatre murs d’un temple ou d’une église. Mais c’est de le laisser entrer dans son cœur !

Puis comme pour confirmer sa découverte, les doigts de Marion posés sur la vieille bible, s’arrêtèrent sur un autre passage du livre d’Esaïe : «La jeune fille attendra un enfant. Elle mettra au monde un fils. On l’appellera Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu avec nous ».» Dieu avec nous…

Ce soir là… quelque chose s’est passé dans la vie de Marion… quand Marion a prié son sauveur… le sauveur de la crèche, le sauveur des pauvres, des malades, le sauveur de toutes celles et ceux qui cherchent un sens à leur vie, le vieux temple plongé dans l’obscurité s’est soudain rempli de lumière… une lumière venue du fond des âges. La même lumière qui avait éclairé celles et ceux qui partaient louer Dieu en secret dans la garrigue. La même lumière qui avait habité les pionniers de la foi. La même lumière qui avait poussé les mages d’Orient à suivre une étoile, la même lumière qui avait entouré les bergers étonnés… C’est la lumière de l’espérance, même quand tout semble perdu… la lumière qui nous pousse à aimer, à partager, à donner, à pardonner… La même lumière qui nous pousse à nous engager et à donner de notre temps de notre personne pour que la vie ait le goût de la vie ! La même lumière qui a animé le sauveur tout au long de sa vie alors qu’il parcourait les routes de Palestine… la même lumière qui l’a conduit à aimer jusqu’à en mourir sur une croix, pour Marion… mais aussi pour moi, pour toi… pour nous tous… pour vous qui me lisez ! Pour que tu ne sois plus jamais seul et désespéré ! Pour qu’il soit à jamais pour toi Emmanuel, Dieu avec nous, avec toi… Pour que tes yeux s’ouvrent sur toutes celles et ceux qui marchent autour de toi, avec toi. Pour que l’enfant de la crèche devienne pour toi, Jésus, Joshua, Dieu sauve ! Ton sauveur à jamais vivant dans ton cœur, dans ta vie!

À vous tous un Joyeux Noël